Le contrat d'emploi: Les clauses
de non-concurrence, est-ce légal?
Me Lucie
Boiteau, avocate, Alepin
Gauthier, Laval.
Contenu
Définition
Conditions de validité
Conclusion
Les clauses de non-concurrence dans les contrats d'emploi
sont de plus en plus fréquentes, mais est-ce légal ? Et si
oui, à quelles conditions ?
Définition
Une clause de non-concurrence dans un contrat d'emploi
est une disposition par laquelle un employé s'engage pendant
la durée de son emploi et pour une certaine période suivant
la fin de son emploi, à ne pas travailler pour une entreprise
concurrente de son employeur et/ou à ne pas s'engager dans
l'exploitation d'une entreprise concurrente, personnellement
ou par personne interposée, et ce dans un territoire déterminé.
Conditions de validité
Pour être reconnue valide, une clause de non-concurrence
doit répondre à certaines conditions prévues par le Code Civil
du Québec. Ainsi, elle doit être:
1. Prévue par écrit et en termes exprès;
2. Limitée raisonnablement quant à la durée de sa restriction;
3. Limitée raisonnablement quant à l'étendue territoriale
de sa restriction;
4. Limitée raisonnablement quant au genre de travail restreint.
Le caractère raisonnable des limites sera évalué en fonction
de ce qui est nécessaire pour protéger les intérêts légitimes
de l'employeur. On retrouvera des clauses de non-concurrence
surtout dans les secteurs de la vente dans le domaine commercial
ou industriel, ou encore dans le secteur des services dans
le domaine privé, ainsi que dans les rangs hiérarchiques supérieurs
d'entreprises. L'employeur aura intérêt, dans ces situations,
par exemple, à protéger son achalandage et à s'assurer que
sa clientèle, ayant pu développer avec son employé des liens
particuliers, ne suivra pas ce dernier chez un concurrent.
Un employeur qui s'adressera aux tribunaux pour faire respecter
une clause de non-concurrence devra démontrer que la clause
qu'il invoque est valide selon les critères énoncés précédemment.
Si un tribunal n'est pas convaincu de la validité de la clause
en question, il pourra purement et simplement l'annuler, ce
qui aura comme conséquence de remettre les parties en état
comme si cette clause n'avait jamais existé.
Il est à noter également que dans l'évaluation de la raisonnabilité
de la clause de non-concurrence et par conséquent de sa validité,
le tribunal prendra notamment en considération les éléments
suivants :
1. Le poste occupé par l'ancien employé;
2. L'importance de son poste;
3. La durée de son emploi;
4. L'ascendant qu'il a pu développer sur la clientèle et sur
les partenaires d'affaires de l'employeur;
5. Les circonstances dans lesquelles il a commencé son emploi.
Précisons que le Code Civil du Québec prévoit à l'article
2095 que "l'employeur ne pourra se prévaloir d'une stipulation
de non-concurrence, s'il a résilié le contrat sans motif sérieux
ou s'il a lui-même donné au salarié un tel motif de résiliation".
Il faut noter qu'il arrive de rencontrer au contrat une disposition
par laquelle les parties consentent à permettre à un tribunal
qui conclurait au caractère déraisonnable d'un ou de plusieurs
éléments de la clause en litige, d'en diminuer la portée à
l'égard des éléments déraisonnables et ce afin d'éviter son
annulation. Il faut souligner que les tribunaux ont été divisés
quant à la validité d'une telle disposition et, en conséquence,
ils ont parfois accepté, d'autres fois refuser d'ajuster la
clause de non-concurrence pour la rendre raisonnable et par
conséquent, valide.
Maintenant, par contre, depuis le prononcé de la décision
de la Cour suprême du Canada dans l'affaire Shafron c.
KRG Insurance Brokers (Western) Inc., (2009) CSC 6, le
23 janvier 2009, il semble que cette incertitude soit désormais
chose du passé. En effet la Cour suprême, dans cette affaire,
a refusé de réécrire une clause de non concurrence ambiguë,
en précisant qu'il n'appartenait pas aux tribunaux de modifier
une telle clause pour la rendre valide. La Cour a conclu que
permettre aux tribunaux d'intervenir et de réécrire ce genre
de clause "inciterait l'employeur à imposer une clause restrictive
déraisonnable à l'employé". La Cour écrit ceci :
"Les employeurs ne
doivent pas être incités à rédiger des clauses restrictives
d'une portée démesurée en s'attendant à ce que les tribunaux
en retranchent les éléments déraisonnables ou en donnent une
interprétation atténuée selon ce qu'ils jugent raisonnable.
Cela modifierait les risques assumés par les parties et accroîtrait
indûment le risque que l'employé soit contraint de consentir
à une clause déraisonnable."
Cette décision de la Cour suprême du Canada vient confirmer
les décisions suivantes rendues par les tribunaux du Québec.
Ainsi dans l'affaire Restaurant chez Doc Inc. c. 9061-7481
Québec Inc. la Cour d'appel du Québec a conclu que "un
juge n'est pas autorisé à modifier une clause de non-concurrence,
par exemple en diminuant la durée ou en restreignant le territoire
pour la rendre raisonnable".
Également dans l'affaire Pauzé c. Descôteaux (CA),
EYB 1986, le juge Kaufman écrivait ceci :
"It would in my opinion
be pessimi exempli if, when an employer had exacted a covenant
deliberately framed unreasonably wide terms, the Courts were
to come to his assistance and, by applying their ingenuity
and knowledge of the law, carve out of this void covenant
the maximum of what he might validly have required…"
Conclusion
En conclusion, bien qu'en principe la validité des clauses
de non-concurrence soit maintenant admise par le Code civil
du Québec, elles demeurent soumises à des conditions strictes
de raisonnabilité. Il est toutefois difficile, sinon impossible,
d'établir à l'avance une règle uniforme, la validité de telles
clauses dépendant toujours de situations particulières et
uniques à chaque cas. Il faudra donc à chaque fois évaluer,
selon les grands critères énumérés plus haut et ceux reconnus
par les tribunaux, la validité d'une telle clause dans un
contexte donné et selon les circonstances propres à chaque
situation.
Dernière mise à jour au 2 décembre
2010
Avis : L'information présentée
ci-dessus est de nature générale et est mise à votre disposition
sans garantie aucune notamment au niveau de son exactitude
ou de sa caducité. Cette information ne doit pas être interprétée
comme constituant un ou des conseils ou avis juridiques.
Si vous avez besoin de conseils juridiques particuliers,
veuillez consulter un avocat ou un notaire.
© Copyright
1999-
, Alepin Gauthier, Tous droits réservés.
|