Les mesures disciplinaires: Un guide
à l'intention des employeurs
Pierre-Georges Roy, avocat, Bélanger Sauvé,
Montréal.
| Résumé
Le processus disciplinaire est essentiellement un outil
permettant à l'employeur de s'assurer d'un comportement
adéquat de la part de ses salariés. Il est encadré par
des normes générales de droit qui ont été développées
par la jurisprudence arbitrale et dans les ouvrages
de doctrine juridique. Dans les milieux syndiqués, des
règles particulières peuvent être définies dans la convention
collective. Il s'impose pour tout représentant de l'employeur
de connaître ces règles et ce qu'il agisse dans un milieu
syndiqué ou non syndiqué.
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Les règles régissant les relations du travail
exigent des salariés qu'ils fournissent une prestation
de travail adéquate et qu'ils aient en tout temps un
comportement et une attitude appropriée. C'est dans
ce contexte que s'inscrit la mesure disciplinaire puisqu'elle
vise à sanctionner un comportement fautif, à
la fois pour punir le salarié et pour le convaincre
de modifier sa conduite.
Une mesure disciplinaire peut, par exemple, être appropriée
lorsqu'il y a insubordination, négligence dans l'exécution
du travail, défaut d'exécuter les tâches
demandées, retards ou absences injustifiés ou
comportement agressif envers des collègues de travail
ou des supérieurs. Il faut distinguer ces situations
de celles impliquant l'incompétence ou l'incapacité
de faire le travail qui justifient plutôt l'imposition
de mesures administratives.
La mesure disciplinaire peut prendre plusieurs formes. Elle
est le plus souvent de la nature d'une réprimande (verbale
ou écrite), d'une suspension ou d'un congédiement.
D'autres types de mesures disciplinaires, comme la rétrogradation,
sont parfois utilisés. Leur validité est toutefois
moins certaine.
Le processus disciplinaire est divisé en deux étapes
: (1) la cueillette d'informations et, (2) la prise de décision.
Le travail d'enquête est fondamental. Il implique d'obtenir
la version de tous les intéressés, incluant
celle du salarié, et de vérifier toute autre
information pertinente (par exemple quant au temps et au lieu).
L'information verbale doit autant que possible être
consignée par écrit et tout document pertinent
doit être photocopié et déposé
au dossier. Lorsque ce travail est complété,
une rencontre de nature disciplinaire peut être tenue.
Certaines conventions collectives la rendent obligatoire.
Quoi qu'il en soit, lorsqu'une mesure disciplinaire grave
est envisagée, une telle rencontre devrait être
tenue. Le cas échéant, il est prudent de permettre
au salarié d'être accompagné d'un représentant.
La prise de décision est subordonnée à
certaines règles bien précises visant l'imposition
d'une sanction proportionnelle à l'infraction reprochée.
La décision doit en conséquence tenir compte
des circonstances atténuantes ou aggravantes, s'il
en est. Ce peut être, par exemple, l'expérience,
la préméditation du geste, l'existence ou l'absence
de directives précises de l'employeur, les problèmes
de santé du salarié, ou le fait qu'il s'agisse
d'un fait isolé ou, au contraire, d'un comportement
systématique. L'employeur doit aussi respecter le principe
de la gradation des sanctions. De fait, à moins d'un
comportement très grave ou d'un incident culminant,
l'employeur doit considérer le dossier disciplinaire
du salarié et imposer en premier lieu une sanction
moins sévère, telle une réprimande, pour
ensuite progresser vers le congédiement.
Il est à noter que l'employeur doit imposer la mesure
disciplinaire à l'intérieur d'un délai
raisonnable. Le délai est souvent prévu dans
la convention collective et il importe alors de le respecter
sous peine de voir la sanction annulée. Lorsque la
situation nécessite de faire enquête de façon
plus approfondie mais qu'il serait impensable, en raison de
la gravité de la faute commise, que le salarié
reste en fonction, l'employeur peut imposer une suspension
pour fins d'enquête.
Les décisions de l'employeur en matière disciplinaire
peuvent faire l'objet d'un grief lorsque le salarié
est régi par une convention collective. L'employé
non syndiqué peut, en cas de congédiement disciplinaire,
soumettre son dossier à un la commission des relations
du travail par le biais des recours prévus à
la Loi sur les normes du travail. Dans tous les cas, le tribunal
exerce une juridiction en trois temps. Il s'assure tout d'abord
que l'infraction reprochée a bien été
commise. Il évalue ensuite le bien-fondé de
l'imposition de la mesure disciplinaire et juge finalement
du caractère approprié de la sanction faisant
l'objet de la contestation. Le fardeau de la preuve incombe
à l'employeur. Celui-ci doit démontrer selon
la prépondérance des probabilités le
bien-fondé de sa décision.
Comme on le voit, l'imposition de mesures disciplinaires
est un exercice complexe à maints égards. Une
analyse sérieuse et objective des événements
est indispensable afin d'assurer un processus décisionnel
juste et équitable pouvant résister à
la contestation devant un tribunal.
À jour au 16 novembre 2011
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devriez consulter un avocat.
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